baniere remparts porrentruy

Cinq bombes sur Porrentruy...

... provoquent un débat tendu sur les moyens dont disposaient les militaires suisses pour faire face.

 

bombardement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Article paru sur le site : http://aetdebesancon.blog.lemonde.fr/

 

 

 Les Petits Comtois du 1er au 4 avril 1916

La Chaux- de- Fonds fut bombardée par un avion allemand le 17 octobre 1915. Ce bombardement fit grand bruit dans toute la Suisse où l’on considérait que la neutralité était atteinte, d’autant qu’il y avait eu quelques blessés. La presse fut attentive aux suites de cette affaire jusqu’à ce que l’Allemagne reconnaisse les torts du pilote, désorienté, et indemnise les blessés. À Besançon, la presse assura un suivi précis de cet évènement et de ses conséquences ; la proximité de la Suisse, la présence d’une véritable colonie de Suisses dans la ville et les liens économiques entretenus avec le canton de Neuchâtel et le Doubs expliquent la fréquence des comptes-rendus dans le Petit Comtois et l’Éclair Comtois.

 

 

 

On retrouve la même attention de la presse locale après un bombardement du 31 mars 1916 : c’était alors à Porrentruy, dans le Jura suisse, relevant du canton de Berne, d’être victime d’un lâcher de cinq bombes par deux avions allemands.

 

 

 

 

Les détails de l’évènement se lisent dans le Petit Comtois du 3 avril, reprenant le journal de Porrentruy, le Jura.

 

 

 

 

 

Prenant soin de ne pas se livrer à une germanophobie hâtive, le rédacteur suisse n’accuse pas, mais parle d’une population qui n’a aucun doute sur l’origine germanique des deux aéroplanes. Reprenant les propos d’habitants, il estime que ce bombardement ne pouvait pas être une erreur et prête à leurs auteurs des intentions précises : ils auraient visé, heureusement mal, des usines et surtout l’usine à gaz de la ville. Ils ne pouvaient pas ignorer qu’ils survolaient la Suisse car la gare était électriquement éclairée et tout pilote savait bien que les villes et gares françaises proches étaient soumises à un couvre-feu. Le peuple ajoulot (Porrentruy est au centre de l’Ajoie, pays suisse jurassien), très francophile, s’en donne à cœur joie contre les Allemands, forcément coupables. L'animosité des Suisses romands contre l'Allemagne trouve là de quoi conforter ses sentiments germanophobes.

 

Les Ajoulots ne se trompaient pas et l’Allemagne admit une erreur de ses pilotes peu de temps après. La confusion invoquée entre Belfort et Porrentruy semble pour autant peu crédible. Plus de 30 km à vol d’oiseau séparent les deux villes et Belfort est 6 fois plus grandes. Or, les témoins affirmaient tous que les avions volaient très bas (entre 150 et 200 m).

Le bombardement eut des conséquences sérieuses sur le commandement militaire rapidement mise en cause pour l'absence de réactivité des soldats présents, pourtant nombreux. La presse eut tôt fait de relayer cette information comme quoi les troupes locales disposaient bien de fusils, mais sans cartouches. Entre certains membres du commandement militaire germanophiles et les habitants de Porrentruy, les tensions persistèrent les jours suivants.

 

 

 

On trouve, en vente sur ebay, ce dessin humoristique. Il relaye efficacement le problème signalé dans la presse.

 

Ces bombardements aériens répétés amenèrent cette proposition : un jalonnement de la frontière franco-suisse avec des drapeaux et des signaux. Elle fit long feu et le passage d'un avion allemand au-dessus de Porrentruy était à nouveau signalé le 27 avril. Il n'y eut pas alors de bombardement car l'avion s'en prit à Delle, ville française toute proche, mais il s'empressa de fuir après son bombardement en survolant à nouveau la Suisse où la défense anti-aérienne lui inspirait moins de crainte qu'au-dessus de la France.