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La Montagne d'Alle : Une querelle longue d’un demi-millénaire

par MATTHIEU HOFMANN - Le Quotidien Jurassien du 08.08 2014

Alle et Courgenay se sont disputé la Montagne d’Alle, située sur la commune de Courgenay, pendant plus de 500 ans. ៑ L’épilogue interviendra en 1865, au grand bonheur des Cras.

 

montagne alle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Coincée entre Villars, Courgenay et Seleute, sous la Vacherie Mouillard, la Montagne d’Alle, comme son nom ne l’indique pas, est positionnée sur le territoire de la commune de Courgenay. Une situation qui aura provoqué un désaccord de près de 500 ans entre les deux localités pour cesser le 24 mars 1865, soit il y a presque 150 ans.

Si les origines du conflit ne sont pas des plus claires, on sait que la montagne a été délimitée sous l’évêque Othon de Grandson qui a régné de 1306 à 1309. Il est donc probable que le différend soit né à cette époque.

 

Un bien grand cadeau, mais qui divise

Cependant, une hypothèse met en avant la possibilité du don de ladite montagne par Henriette de Montbéliard, qui a hérité du pays de Porrentruy en 1397, aux communes d’Alle et de Courgenay, mais avec divers droits. Courgenay aurait eu le droit de pacage, soit de laisser paître le bétail sur les terres en friche de la Montagne d’Alle et le droit de bois sous ronce, autrement dit la permission d’y recueillir le bois mort. Quant à la commune d’Alle, qui aurait été désignée comme le propriétaire, Henriette de Montbéliard lui a accordé les droits de marnage et d’affouage, ce qui permettait aux Cras d’aller couper le bois dédié à la construction et au chauffage. Cette cojouissance d’Alle et de Courgenay, totalement opposée, serait la cause de ces difficultés sans fin.

parchemin

L’historien ajoulot Gustave Amweg (1874-1944), dans son ouvrage La Montagne d’Alle, Cinq siècles de procès, fait le tour de l’affaire, de ses prémisses à son aboutissement, en 1865. Il y relève que, «les habitants de notre beau pays (l’Ajoie), ne sont pas un peu enclins à la chicane et que, peut-être, si les habitants d’Alle et de Courgenay avaient mis un peu plus de bonne volonté et moins d’entêtement, on aurait trouvé un arrangement plus tôt. Il faut avouer que nos compatriotes sont procéduriers et qu’ils ont trop facilement recours à la justice.»

 

 

 

Si chacun est libre de donner tort ou raison à Gustave Amweg sur sa vision de la population ajoulote, il faut dire, effectivement, qu’un litige de 500 ans n’a pas dû laisser beaucoup de place aux amabilités.

 En 1435, une sentence arbitrale est rendue et fixe le chemin que doivent suivre les habitants d’Alle pour se rendre dans la forêt de la montagne d’Alle, histoire d’éviter, du mieux possible, les conflits lors de leurs dé- Courchavon placements. Pourtant, le conflit renaît. En 1524, Georges Ferrat, le curé de Courgenay, et Jean Belleney, celui d’Alle, s’unissent pour que le différend cesse, ou du moins s’estompe. En vain.

 

Des trêves durant les guerres

La guerre de Trente Ans (1618-1648) vient apporter une accalmie aux querelles locales. En 1724, après diverses ordonnances judiciaires et autres recours, un accord intervient, à nouveau quant au chemin que doivent utiliser les Cras pour se rendre dans la montagne.

Les troubles de 1730 à 1740 apporteront un nouveau repos à la problématique et aucun dossier n’en fait mention jusqu’en 1769. Après de nouvelles années de désaccords et de tentatives de négociations entrecoupées par la Révolution française, Courgenay et Alle, à peine devenues bernoises, reprennent leurs hostilités.

En 1858, un particulier de Courgenay fut surpris dans la montagne par le garde forestier d’Alle, qui le fit comparaître devant le juge de police. Ainsi démarra, en 1859, le procès à proprement parler.

 

Une fin joyeuse pour Alle

«Le tribunal arbitral résulte que la commune d’Alle, et ce depuis des siècles, est et n’a cessé d’être propriétaire de la Montagne d’Alle», déclare le Président du tribunal Aimé-Constant Rossel. Cependant, Alle devra payer 20 000 fr. à Courgenay si elle entend racheter les droits de pacage et de bois sous ronce.

Dès lors, Alle jouit, sans que des contestations surviennent à nouveau, de cette belle montagne où règnent 80 hectares de forêt.