baniere remparts porrentruy

Une trêve de Noël, inconnue des manuels d’histoire, a eu pour cadre Le Largin, il y a tout juste 100 ans, le 24 décembre 1916. Les soldats suisses avaient fait s’asseoir à leur table les ennemis français et allemands, en pleine Première Guerre mondiale.

Article du Quotidien jurassien du 24 décembre 2016

treve noel 1916

 

 

 

 

 

 

 

 C’est une très belle histoire de Noël que celle que le jeune Félix Singer s’est fait raconter il y a plus de 50 ans par son grand-père, Jacques Weibel, lors de leurs promenades dominicales. Le cadre de ce conte est le Largin, ce petit bout de territoire de la commune de Bonfol ayant une forme de «bec de canard».Durant l’essentiel de la Première Guerre mondiale, Le Largin était le point de départ de la ligne de front entre les armées allemandes et françaises. Et la Suisse se bornait à jouer un rôle d’observateur des combats depuis le poste du Largin.Mais ce 24 décembre 1916, quelques jours après la fin de la boucherie de Verdun (qui a fait 700 000 morts et disparus), le grand-père de Félix, Jacques Weibel, sait qu’il ne pourra pas fêter Noël avec sa mère et ses frères et sœurs à Liestal. Il a reçu ordre de rester en poste au Largin, avec ses camarades. L’homme est sociable, parle couramment le français et a sans doute lié des amitiés avec des habitants de Bonfol.

Une table de Noël 5 jours après la fin de Verdun

Le 24 décembre, tout était calme sur le front. Et personne ne semble vouloir se battre. Ayant un effectif réduit, les soldats suisses commencent leurs préparatifs pour le repas de Noël.On réussit à trouver des provisions au village de Bonfol, à dresser la table et à l’illuminer avec des bougies. Jacques Weibel n’a jamais expliqué à son petit-fils comment il s’y était pris, mais à l’heure de passer à table pour le réveillon, il s’est subitement trouvé 20 à 30 soldats suisses, français et allemands à la même table à fraterniser dans la joie de Noël.

Pour ne plus s’entre-tuer

Comme l’a écrit en conclusion son petit-fils Félix Singer, «ils avaient réussi à faire ce que les politiciens de leurs pays respectifs ne parvinrent à réaliser que quelques années plus tard: la paix autour d’une table». Les convives s’étaient promis de ne plus se tirer les uns sur les autres. Mais quelques jours après Noël, Jacques Weibel avait appris que tous ces hommes avaient été mutés sur d’autres fronts.

En feuilletant à nouveau ses albums familiaux l’autre jour, Félix Singer constate que toutes les photos prises par son grand-père au Largin datent de 1915. Y aurait-il méprise sur l’année de cette fameuse trêve de Noël? Dans le fond, peu importe qu’il s’agisse de 1915 ou de 1916, seule l’histoire a du sens. Et nul ne sait si, durant la nuit de Noël 2016, soit 100 ou 101 ans après le réveillon du Largin, il se trouvera d’autres soldats assez sages dans le monde pour réinterpréter ce beau conte de Noël.

Daniel Fleury

Sources: Courtavon se souvient, 2004; photos: collections André Dubail et Hervé de Weck.